S’élever et regarder vers le ciel

Ad te, Domine, levavi animam meam, chanteront les voix de l’ensemble Voces Suaves, le 10 octobre 2021. In te confido, poursuit le texte du psaume 24, non erubescam.

Quelle extraordinaire façon de s’adresser à Dieu : « Vers Toi, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; j’ai placé en Toi ma confiance, que je n’aie pas à en rougir ». Le projet du psalmiste est ambitieux, risqué même. Il s’agit de croire, au-delà de toute logique, et – fort de ce fol appui – de s’élever, pas à pas. Le mouvement est ascensionnel, vertical. Celui qui suscite cet élan doit être à la hauteur de l’espérance qu’il fonde.

Cet itinéraire spirituel pourrait bien servir de blason aux Riches Heures de Valère, lesquelles proposent avec constance de croire (contre vents et marées) que l’on peut, même dans un petit pays, bâtir de grands projets ; qu’il est possible, et même souhaitable, de s’élever et de regarder vers le ciel, au propre comme au figuré.

Au propre, bien sûr. Car la route qui mène à la basilique, ou à l’église des Jésuites, monte dangereusement ; et de hauts clochers surplombent ces monuments historiques, invitant les visages à se redresser.

Au figuré, surtout. Car s’il est un domaine où les Riches Heures de Valère entendent bien viser haut, c’est celui de leur programmation musicale, une programmation qui offre un panorama vivant et vibrant de ce qui, dans le champ des musiques dites anciennes, se fait de mieux. Une ambition qui tient son pari puisque, cette année encore, l’affiche ne contient que les noms de musiciens actifs sur la scène internationale, et partout reconnus pour leur virtuosité, leur profondeur interprétative, et surtout cet esprit d’aventure et de (re)création, propre à la scène de ces musiques décidément pas si anciennes que ça.

Ce goût de l’alpinisme poétique est partagé par un comité enthousiaste et audacieux : quel courage en effet d’oser tutoyer le chef-d’œuvre (une intégrale des Concertos Brandebourgeois n’est-elle pas prévue !) comme la pépite inconnue, d’alterner le flamboyant et l’intime, et d’égrener ainsi les merveilles, comme autant de mantras – ou de psaumes – dans un monde où la chose culturelle est devenue problématique et souvent ravalée au rang de pur divertissement ?

Ce beau festival, désormais solidement implanté dans le paysage musical romand, a choisi d’élever les yeux, et l’âme aussi, peut-être. Il place sa confiance en l’excellence des musiciens présentés, en la pertinence bouleversante de leurs programmes, en la nécessité absolue d’entendre, aujourd’hui, ce que cette musique a à nous dire. Il s’y est tenu, que le jour recommence ou que le jour finisse. Malgré les difficultés, les confinements. Tota die, dit le psaume 24.

En vérité, il n’aura pas à en rougir.

Marie Favre, musicologue