Ensemble Café Zimmermann

Concert du dimanche 16 octobre 2022

Jean-Sébastien Bach

Les Concertos Brandebourgeois (intégrale)

 

Les Concertos brandebourgeois

Lorsqu’en 1721 Bach réunit quelques-unes de ses compositions antérieures pour les adresser, avec une dédicace rédigée en français, à « Son Altesse Royale Monseigneur Crétien Louis Marggraf de Brandenbourg », mélomane des plus éminents, il était loin d’imaginer la popularité dont allaient bénéficier plus tard ces chefs-d’œuvre. Mais celui qui passe pour avoir composé à la seule gloire de Dieu sans se préoccuper de la sienne, avait ici des visées plus immédiates : obtenir un poste à Berlin, et, à cet effet, livrer quelques échantillons de ce qu’il avait pu faire de mieux dans le genre concertant.

Ainsi, par la variété de leurs effectifs, de leurs styles (italien, français, moderne, ancien), de leurs formes, de leurs genres (concerto grosso, concerto pour soliste) et par la prodigieuse inventivité de leur structure, les Concertos brandebourgeois, malgré leur caractère assez disparate, constituent une inépuisable source musicale, à la fois synthèse et renouveau du discours concertant.

Ces compositions ne ressemblent à nulle autre. Ce ne sont ni exactement des concertos grossos, ni des concertos à plusieurs solistes, mais des formations chaque fois nouvelles, où les timbres se mêlent de manière toujours inédite : ici trois cors, deux hautbois et un violon (concerto n° 1) ; là une trompette, une flûte à bec, un hautbois, un violon (n° 2) ; tantôt des masses s’opposent avec trois violons, trois altos, trois violoncelles (n° 3) ; tantôt des instruments traités de manière plus personnelle, avec par exemple une flûte, un violon, un clavecin (n° 5).

Chacun d’eux est un monde à part. Le lumineux n° 4, avec son concertino formé de deux flûtes à bec et d’un violon, ne fait pas exception, pas plus que l’étonnant n° 6 où s’associent timbres anciens et modernes, privilégiant les teintes graves (Bach l’écrit en effet pour un ensemble formé de deux altos, deux violes de gambe, violoncelle, contrebasse et clavecin continuo).

Au-delà des questions d’instrumentarium, il faut souligner la virevoltante originalité dont fait preuve le compositeur. Si les concertos n° 1, n° 3 et n° 6 mettent en œuvre des chœurs instrumentaux d’égale importance (au sens donné à ce terme depuis Giovanni Gabrieli) et ne donnent à tel ou tel instrument le beau rôle que provisoirement, les n° 2, n° 4 et n° 5 évoquent au contraire une espèce de pyramide à trois étages : comme fondations, on trouve les cordes (ripieno) ;  au-dessus, se trouvent des solistes (concertino), et au sommet, pris parmi les précédents, un soliste encore plus important et agile (trompette dans le n° 2, violon dans le n° 4, clavecin dans le n° 5).

Ce n’est pas pour rien que ce concerto, avec la gigantesque cadence pour clavecin solo de son premier mouvement, passe pour être le premier pour clavecin jamais écrit. On relève aussi, car le lyrisme en demi-teintes qui en résulte touche profondément l’auditeur, que dans les mouvements lents intermédiaires, Bach ne retient en général qu’un nombre très réduit d’intervenants, se rapprochant ainsi des confidences de la musique de chambre.

Il faut enfin souligner la richesse des combinaisons contrapuntiques dont le compositeur parsème ces œuvres, et surtout le génie avec lequel il dissimule sa science à l’arrière-plan de pièces généralement détendues et avenantes. Car dans ces œuvres, le rythme, la vie, les couleurs et l’inspiration contribuent à l’affranchissement de la polyphonie ; ils semblent incarner la splendeur et l’effervescence de la vie à la cour de Coethen ; ils révèlent le plaisir que prenait le compositeur à écrire pour des instrumentistes admirablement formés. Cette musique exprime une exubérance, un optimisme que seul un génie conscient de sa pleine maîtrise nouvellement acquise pouvait traduire. Métier et inspiration, logique de fer et goût pour les expériences nouvelles s’équilibrent dans ces concertos à un point rarement atteint par Bach lui-même.

D’après Michel Rusquet

  

Céline Frisch, clavecin

Née à Marseille, Céline Frisch étudie le clavecin au Conservatoire d’Aix-en-Provence puis à la Schola Cantorum de Bâle dans les classes de Andreas Staier et Jesper Christensen. Elle se consacre ensuite principalement à son activité de soliste et de membre de l’ensemble Café Zimmermann, fondé en 1999 avec Pablo Valetti. Elleest lauréate du prix Juventus en 1996 et la première claveciniste sélectionnée pour les Victoires de la Musique classique en 2002.

Ses interprétations de la musique de Jean-Sébastien Bach lui ont valu les plus chaleureux commentaires de lapresse musicale internationale. Outre Bach, ses affinités l’ont amenée à jouer la musique française de l’époque de Louis XIV, les œuvres des virginalistes anglais et la musique allemande du 17ème siècle. Elle explore également avec plaisir la musique du 20ème siècle et la création contemporaine.

Dédiés entre autres à la musique de Bach, D’Anglebert ou Rameau, ses enregistrements ont été salués pard’excellentes critiques et récompensés par les plus hautes distinctions de la presse spécialisée. L’enregistrement du premier livre du Clavier bien tempéré de Bach paru chez Alpha Classics reçoit un Diapasond’or, le Choc de Classica et les ffff de Télérama. Le second livre, paru en mars 2019, a lui aussi été récompensé par un Diapason d’or et le Choc du magazine Classica.

 

Pablo Valetti, violon

Né en Argentine, Pablo Valetti occupe un poste de violoniste à l’orchestre du Teatro Colón à Buenos Aires avantde découvrir l’interprétation sur instruments anciens. Il vient alors en Europe où il étudie notamment à la Schola Cantorum de Bâle.

Il est rapidement sollicité comme soliste ou premier violon au sein d’ensembles prestigieux tels que le Concert des Nations, dirigé par Jordi Savall, le Concerto Vocale, dirigé par René Jacobs ou encore les Arts florissants sous la direction de William Christie. Régulièrement invité à diriger l’Orquesta Barroca de Séville, il se consacre également à l’enseignement au sein de l’Escola Superior de Musica de Catalunya de Barcelone et du Conservatoire de Nice. Depuis la création de Café Zimmermann en 1999, il s’investit principalement dans le projet artistique et le développement de l’ensemble.

Il joue un violon de Giovanni Battista Guadagnini de 1758. 

 

Ensemble Café Zimmermann

Créé en 1999, Café Zimmermann se situe aux premiers rangs du concert baroque en France et en Europe. Sous la conduite du violoniste Pablo Valetti et de la claveciniste Céline Frisch, l’ensemble réunit des solistes qui s’attachent à faire revivre l’émulation artistique portée par l’établissement de Gottfried Zimmermann dans la Leipzig du 18ème siècle.

Depuis 2011 en résidence au Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence, Café Zimmermann se produit dans les salles de concert et les festivals internationaux parmi les plus renommés et mène de nombreuses collaborations artistiques, toujours placées sous le signe de l’excellence, tout en s’efforçant de promouvoir la musique du XVIIIe siècle auprès d’un public élargi, par des actions de sensibilisation inventives.

L’ensemble se produit régulièrement lors de tournées internationales et ses enregistrements discographiques suscitent l’enthousiasme, notamment grâce aux interprétations enlevées et contrastées de la musiqueconcertante de Jean-Sébastien Bach. Ils sont récompensés par cinq diapasons d’or dont un diapason d’or de l’année en 2011. Son dernier disque consacré aux Lamentos du 17ème siècle avec le contre-ténor Damien Guillon paraît en 2020 chez Alpha Classics.