Ensemble Le Consort – Eva Zaïcik, mezzo-soprano

Concert du dimanche 18 septembre 2022

Cantates françaises (Montéclair, Dandrieu, Lefebvre, Clérambault, Courbois)

Venez, chère ombre…

Programme complet du concert ICI

Venez chère ombre… Venez… entrez dans un univers poétique, celui de la cantate française !

Histoires funestes, récits tragiques dont le dénouement parfois heureux n’enlève rien à leur force dramatique, ces tragédies chambristes nous immergent au cœur des passions intemporelles des émotions humaines : l’amour, la jalousie, l’infidélité, la tendresse, la vengeance, le désespoir…

La cantate française, contrairement à d’autres genres, comme la tragédie lyrique, ne voit le jour qu’au 18èmesiècle. Le mot cantate apparaît en effet pour la première fois en 1703 et désigne alors un genre poétique. Au milieu du siècle, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert en donne toujours la même définition : Cantate : Petit poème fait pour être mis en musique, contenant le récit d’une action galante ou héroïque (…) .

Les premières cantates mises en musique par Bernier, Morin, Stück ou de Bousset en 1706 ne furent pas unanimement saluées : leur style très italianisant ne plaisait guère. Dès lors, le goût français inspirera les cantates de Campra, Jacquet de La Guerre ou Brossard, qui rencontreront l’adhésion des musiciens comme du public. La cantate française connaît alors un grand succès durant la première moitié du siècle.

Deux maîtres du genre

Michel-Pignolet de Montéclair naît en Haute-Marne en 1667 et fait ses études à la cathédrale de Langres, où il rencontre le compositeur Jean-Baptiste Moreau. En 1687, il s’installe à Paris et devient maître de musique de Charles-Henri de Lorraine, alors gouverneur du Milanais. Montéclair a vraisemblablement suivi son protecteur en Italie, et y aura séjourné quelque temps. De retour à Paris en 1699, il occupe le poste de basse de violon à l’Opéra Royal. Passionné par la richesse dramaturgique de l’opéra, le compositeur désire la transposer dans ses cantates afin qu’elle puisse entrer dans les salons particuliers. Le dépit généreux (1709) et La bergère(1728) attestent de ce souhait.

Louis-Nicolas Clérambault, de neuf ans son cadet, naît à Paris et, héritier d’une grande lignée de musiciens, étudie dans le cercle familial, puis avec Jean-Baptiste Moreau qui fut également le professeur de Montéclair. Lors de la publication de son premier livre de cantates, en 1710, Louis XIV est si charmé par l’une d’entre elles qu’il demande à Clérambault d’en composer de nouvelles. Il le nomme surintendant de la musique à la Maison Royale de Saint-Cyr, où Clérambault développe le genre et le porte à un degré suprême d’excellence. Léandre et Hero, chef-d’œuvre du genre, est publié en 1713.

La cantatille

Le terme cantatille apparaît aux alentours des années 1730. Comme le suggère son nom, une cantatille est une cantate courte, qui comprend habituellement deux ou trois airs ainsi qu’un ou deux récitatifs. Cependant, la réduction du format ne s’accompagne pas d’une écriture moins virtuose ou d’un amoindrissement de l’effectif instrumental. Ce genre quelque peu dénigré de nos jours – les thèmes abordés étant souvent légers et galants – compte pourtant dans son répertoire des œuvres saisissantes et d’une force exceptionnelle, utilisant la voix d’une manière novatrice à des fins expressives. S’écartant du rococo baroque, la cantatille laisse entendre les prémisses du classicisme naissant : l’écriture instrumentale réagit au stimulus du développement du style symphonique.

Louis Antoine Lefebvre

Parmi les compositeurs de cantatilles, Louis Antoine Lefebvre retient l’attention. Ce compositeur, tombé aujourd’hui dans l’oubli, a cependant écrit une musique d’une théâtralité stupéfiante et nourrie d’une prodigieuse puissance dramatique. Né à Péronne, en Picardie, aux alentours des années 1700, Lefebvre sera titulaire de l’orgue de Saint-Louis-en-l’Île. Ses œuvres sont presque toutes destinées à la voix : motets, airs ou cantatilles. Bien accueillies par la presse et le public, elles ne tarderont pas à lui forger une belle renommée : M. le Fevre vient de publier une Cantatille à voix seule & avec symphonie, intitulée l’Absence (…). Cet auteur s’est déjà acquis de la réputation par celles qu’il a précédemment mises au jour ; les suffrages du public semblent l’encourager à faire de mieux en mieux, & on présume que les connoisseurs ne seront pas moins contents de ce nouvel Ouvrage qu’ils ont paru l’être des précédens.

Quelle amplitude vocale et quelle douleur exprimée par les intervalles déchirants de Venez chère ombre !N’entendons-nous pas là les premiers bruissements de l’école viennoise dans les unissons inquiétants et les figures d’accompagnement du Lever de l’aurore ? Ne frémissons-nous pas aux trémolos de La tempêted’Andromède, qui complètent les habituelles fusées instrumentales ? Lefebvre affirme son style novateur, unique et singulier. Il s’éteint le 20 juillet 1763 à La Ferté-sous-Jouarre.

Ce programme met ainsi en regard des cantates de Clérambault et de Montéclair – deux compositeurs qui ont tenu une place de choix dans le développement de ce genre musical –, quelques joyaux d’un répertoire plus tardif – des cantatilles inédites de Lefebvre, redécouvertes par Le Consort et qui laissent deviner les prémisses du classicisme naissant –, ainsi que plusieurs sonates de Jean-François Dandrieu, l’un de nos compositeurs de prédilection.

L’ardeur que j’ai […] m’a fait redoubler mon atention à les composer : heureux ! si j’ai pu y répandre assez de beautés. (Louis-Nicolas Clérambault)

Justin Taylor

 

Ensemble Le Consort

Le Consort, ensemble de musique de chambre unique en son genre, réunit quatre jeunes musiciens qui interprètent avec enthousiasme, sincérité et modernité le répertoire de la sonate en trio. De Corelli à Vivaldi, de Purcell à Couperin, le dialogue entre les deux violons et la basse continue déploie une richesse de contrastes entre vocalité, sensualité et virtuosité. Le Consort s’empare de ce genre, quintessence de la musique de chambre baroque, et l’interprète avec un langage personnel, dynamique et coloré. Le Consort est en résidence à la Banque de France, à la Fondation Singer-Polignac ainsi qu’à l’Abbaye de Royaumont.

En juin 2017, Le Consort remporte le Premier Prix et le Prix du Public lors du Concours International de Musique Ancienne du Val de Loire, présidé par William Christie. L’ensemble s’est produit à Paris (Auditorium de Radio France, Auditorium du Louvre…), à l’Opéra de Dijon, au Festival de Pâques de Deauville, à l’Arsenal de Metz, au MA Festival Brugge, au Festival de Sablé, à la Fondation Pau Casals, à Anvers DeSingel, ou encore au Festival Misteria Paschalia à Cracovie. On a également pu entendre l’ensemble dans de nombreuses émissions sur France 3, France Musique, France Inter ou Radio Classique.

Dès leurs débuts, les musiciens du Consort ont un véritable coup de foudre pour les sonates inédites de Jean-François Dandrieu, qui offrent une variété de sentiments hors du commun. Le disque Opus 1 (Diapason d’or de l’année 2019) en livre une intégrale.

Le Consort se plaît également à défendre le réper­toire vocal en travaillant très étroitement avec la mezzo-soprano Eva Zaïcik. Cette collaboration a conduit les jeunes musiciens à graver deux enregistrements : Venez, chère ombre…, dédié aux cantates fran­çaises de Montéclair, Clérambault et Lefèvre (janvier 2019, Choc Classica) ainsi que Royal Händel, immersion dans l’opéra londonien avec des airs d’Haendel, Ariosti et Bononcini (paru en 2021). Un quatrième enregistrement est à compter parmi leur discographie : 7 Particules (B records, novembre 2018), qui présente des oeuvres de Vivaldi, Händel et Telemann, ainsi qu’une création du compositeur David Chalmin.

 

Eva Zaïcik, mezzo-soprano

La beauté de sa voix, dont l’ampleur et la souplesse lui permettent d’aborder tous les répertoires, a permis à Eva Zaïcik de s’imposer comme l’une des artistes lyriques les plus en vue de sa génération.

En 2018, plusieurs distinctions prestigieuses (notamment Révélation lyrique aux Victoires de la Musique classique et Concours Reine Elisabeth de Belgique) viennent confirmer une carrière déjà considérable qui la voit collaborer avec des chefs de premier ordre. Citons simplement William Christie, Vincent Dumestre, Hervé Niquet, Philippe Herreweghe, Leonardo Garcia Alarcón ou encore René Jacobs.

Elle entretient une complicité particulière avec Justin Taylor et son ensemble Le Consort autour de plusieurs programmes baroques donnés partout en Europe, cette collaboration se concrétisant chez Alpha Classics par le disque Venez, chère ombre récompensé d’un Choc Classica et du Choix de France Musique.

Ses activités récentes et l’éclectisme qui caractérisent ses choix musicaux l’ont menée aussi bien au Danemark qu’au Brésil (Les Nuits d’été de Berlioz), au Festival d’Aix-en-Provence (création de Cœur étoilé d’Ahmed Essyad) ou encore au Konzerthaus de Vienne (Paulus de Mendelssohn), pour ne citer que quelques exemples.

En 2021-2022, ses projets la conduiront au Staatsoper de Berlin et à l’Opéra de Lille (rôle de Venus dans Idoménée de Campra), au Festival de Saintes et à Salzbourg (Missa solemnis, avec Herreweghe et le Collegium Vocale de Gent), au Théâtre du Capitole à Toulouse (rôle-titre de Carmen, puis Rosina du Il Barbiere di Seviglia) ou encore The Messiah de Haendel avec le Stavanger Symphony Orchestra en Norvège.

 

Justin Taylor 

Lauréat à tout juste 23 ans du Premier Prix du prestigieux concours international de clavecin de Bruges, Justin Taylor décroche aussi le Prix du Public, le Prix Alpha et le Prix de l’EUBO Developping Trust décerné au jeune musicien baroque européen le plus prometteur. Depuis son plus jeune âge, il pratique avec passion aussi bien le clavecin que le piano. Après avoir étudié ces instruments à Angers, sa ville natale, Justin poursuit son parcours au CNSM de Paris dans les classes de Roger Muraro pour le piano, d’Olivier Baumont et Blandine Rannou pour le clavecin.

Nommé aux Victoires de la musique classique, il a également reçu le Prix Révélation Musicale décernée par l’Association Professionnelle de la Critique. En mars 2021 est sorti son troisième album solo, La Famille Rameau, enregistré sur le mythique clavecin historique du château d’Assas.

Son premier album, La Famille Forqueray (2016), a obtenu de multiples récompenses : Choc de l’année Classica, Gramophone Editor’s Choice, Grand Prix de l’Académie Charles Cros, Qobuzissime. Continuum (Scarlatti et Ligeti) figure parmi les cinq meilleurs enregistrements 2018 salués par le journal Le Monde. Aussi à l’aise au pianoforte qu’au clavecin, Justin Taylor a gravé le concerto n° 17 de Mozart avec Le Concert de La Loge (Choc Classica) et participé à l’intégrale Bach333 de DGG (oeuvres méconnues de Bach). Il enregistre en exclusivité pour le label Alpha Classics.

Justin Taylor se produit dans le monde entier (Auditorium du Louvre, Philharmonie de Paris, Festival de la Roque d’Anthéron, Folle Journée de Nantes, Tokyo, Nagoya, Washington, San Diego, etc.) avec de nombreux orchestres renommés tels que l’Orchestre National d’Ile-de-France, l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, l’Orchestre de Chambre de Genève, l’Orchestre de Picardie ou encore l’Orchestre de Mannheim…