La Cetra & Leila Schayegh, violon

Concert du vendredi 16 avril 2021

Jean-Marie Leclair et Arcangelo Corelli : concertos pour violon et orchestre

De Corelli à Leclair

Le Romain Arcangelo Corelli est sans aucun doute le fondateur du concerto baroque italien, cela même s’il n’a pas écrit un seul concerto solo – c’est-à-dire une oeuvre pour un instrument solo et un orchestre. Ses concertos grossos sont en fait des concours musicaux entre un petit groupe de solistes – le soi-disant concertino – et un grand groupe, le concerto grosso, qui a donné son nom à toute la forme et qui a inclus jusqu’à une centaine de musiciens. Les solistes sont toujours deux violons et un violoncelle avec basse continue, un alto étant parfois ajouté.

Contrairement au concerto pour deux violons (tel que nous le connaîtrons plus tard avec Vivaldi ou Bach), les instruments solistes ne se font concurrence, mais ils se distinguent (se détachent) plutôt du concerto grosso. Les solistes et les tutti alternent constamment comme dans une discussion animée. Pour l’oreille, cela se traduit par un jeu délicieux entre le fort et le doux, entre la masse symphonique et la liberté solistique.

Le nombre de mouvements, les changements entre les parties lentes et rapides ne sont pas encore normalisés. Nous avons donc trois caractéristiques importantes qui distinguent les concertos grossos de Corelli des concertos pour solistes ultérieurs, y compris ceux de Jean-Marie Leclair : un groupe soliste au lieu d’un soliste, des changements rapides entre tutti et soli au lieu de passages plus longs, et une séquence de mouvements lâche au lieu de la forme qui sera définie plus tard : rapide – lent – rapide.

Le chemin est long de Corelli à Leclair. Pour nous aujourd’hui, tout ressemble peut-être à de la musique baroque, mais les différences de formes et de styles sont frappantes. Cela dit, il est patent que Leclair a été techniquement et musicalement fortement influencé par le style italien. Ainsi, en fin de compte, tous les chemins mènent à Rome, chez Corelli.

D’après Leila Schayegh

La Cetra

L’ensemble a été fondé en 1999 à l’initiative du directeur de la Schola Cantorum Basiliensis de l’époque, le Dr Peter Reidemeister. Son nom est emprunté au concerto pour violon opus 9 La Cetra (la lyre ou la cithare) d’Antonio Vivaldi et situe le répertoire de base de l’orchestre : la musique instrumentale italienne du 18ème siècle.

La Cetra articule également ses activités autour d’une période de l’histoire de la musique où l’on peut vraiment parler du concept d’orchestre pour la toute première fois : le début du 17ème siècle, avec notamment les œuvres de Claudio Monteverdi et de ses contemporains.

Depuis sa fondation, La Cetra a connu une ascension rapide dans les rangs des principaux orchestres de musique ancienne au niveau international. L’ensemble doit sa réputation et son développement avant tout à Andrea Marcon, sous la direction musicale duquel l’orchestre est placé depuis 2009 : claveciniste et organiste plusieurs fois primé, expert recherché de la musique ancienne italienne, Andrea Marcon a travaillé comme chef invité avec des ensembles renommés tels que le Freiburger Barockorchester, les Berliner Philharmoniker et de nombreux autres orchestres européens. C’est également grâce à son initiative que La Cetra collabore depuis 2012 avec le Vokalensemble La Cetra (sous la direction de Carlos Federico Sepúlveda).

La conviction de La Cetra est que le travail de fond scientifique, l’étude intensive des instruments d’époque, la pratique d’exécution et l’environnement historique des œuvres ne doivent servir qu’un seul but : rendre la musique ancienne accessible aux mélomanes du 21ème siècle, avec des interprétations contemporaines, vivantes et captivantes. Ce travail a déjà été salué par l’obtention du Prix européen de musique ancienne (2009).

L’orchestre enregistre pour des labels prestigieux : Deutsche Grammophon (2011, Mozart), Nouveau Monde (2012, avec Patricia Petibon), Pentatone (2016, Parnasso in festa), Harmonia Mundi (2019, Le dîner de M. Haendel, avec Maurice Steger), Glossa (2019, avec Leila Schayegh, œuvres de Leclair). Son enregistrement en première mondiale de La Concordia de’ Pianeti de Caldara avec Franco Fagioli (2014) et la sortie d’un CD consacré à Monteverdi (salué par la critique internationale avec un Grammy en 2016 lui ont valu des tournées importantes en Allemagne, au Luxembourg, en Angleterre et en Espagne.

Leila Schayegh, violon

Leila Schayegh est reconnue comme l’une des violonistes incontournables de la scène baroque actuelle. Régulièrement invitée comme soliste par les principaux orchestres spécialisés du moment (Utrecht, Brême, Versailles, Varsovie, Milan, MDR Musiksommer, etc.), elle intervient également dans des orchestres modernes, avec notamment des master classes à Heidelberg, Karlsruhe ou avec le Staatsorchester Schwerin.

Leila Schayegh a développé une coopération étroite avec le claveciniste, organiste et chef d’orchestre Jörg Halubek. Leur enregistrement en 2016 des Six sonates obligato de Bach a été distingué par la critique et salué par de nombreux prix prestigieux (Diapason de l’Année, Grammophone Award, Schallplattenpreis). De même, sa collaboration avec le chef et claveciniste Vaclav Luks s’est concrétisée par la publication d’un CD des sonates pour violon de Benda (Diapson d’Or, 2011) et un CD des concertos pour violon de Myslivecͮek (2018). Très récemment (2019-2020), ses enregistrements de concertos pour violon de Leclair avec La Cetra ont reçu un Diapason d’Or. Depuis 2008, elle joue avec l’ensemble Gli Angeli Genève sous la direction de Stephan MacLeod, notamment pour la quasi-totalité des cantates de Bach.

Mentionnons encore un CD de sonates de Bach (Diapason de l’année, 2016), un autre de sonates de Caldara (avec Amandine Beyer, 2015), un autre encore d’oeuvres Carl Philipp Emanuel Bach (Diapason d’Or, 2014) ou encore le Grammophone Editor’s Choice

Cette prédilection pour la période baroque ne l’empêche pas de s’ouvrir aussi à la musique classique et romantique, avec notamment un enregistrement des sonates pour violon de Brahms avec Jan Schultsz en 2018 (Glossa).

Depuis 2010, Leila Schayegh enseigne le violon baroque à la Schola Cantorum Basiliensis (elle a succédé à Chiara Banchini) et transmet à une nouvelle génération de musiciens son expérience de l’instrument ainsi que son approche musicale : une grande expressivité basée sur des connaissances approfondies de l’époque où les œuvres ont été composées.

Née à Winterthur, elle étudie le violon moderne chez Raphaël Oleg à l’Académie de musique de Bâle, où elle obtient son diplôme summa cum laude en 1999. Après deux ans passés au sein de la Philharmonia Zürich, elle rejoint la classe de Chiara Banchini (Schola Cantorum Basiliensis) dont elle sort en 2005 avec à nouveau un diplôme summa cum laude. En 2003, elle est également lauréate des premiers prix de l’Alte Musiktreff de Berlin, du Förderpreiswettbewerb de Münich et du Premio Bonporti à Rovereto.