Les Passions de l’âme2019-02-14T11:05:15+00:00

Les Passions de l’âme

Variety

15 septembre 2019

Après deux premiers albums auréolés de nombreux prix prestigieux (Spicy et Schabernack), l’ensemble Les Passions de l’Ame explore le monde de la variation, intimement lié au génie de compositeurs comme Biber, Schmelzer et Fux qui se sont exprimés avec une immense réussite dans le domaine de la musique virtuose pour cordes.

La carrière fulgurante d’Heinrich Ignaz Biber, brillant jeune violoniste, eut des débuts quelque peu mouvementés. De Kromeriz, ville alors située en Bohème, où, au service de l’archevêque, il occupait un poste relativement enviable pour un musicien de 25 ans, il s’enfuit à Salzburg en quête d’un rôle plus exaltant et d’expériences nouvelles.

C’est probablement en route qu’il fit la connaissance du luthier Jakobus Stainer, personnage un peu sulfureux du point de vue des idées (à l’aube des Lumières, les libres penseurs n’étaient pas loin de passer pour des hérétiques), mais artisan de génie de réputation internationale. On peut imaginer que la rencontre de ces deux personnages – l’un virtuose curieux, l’autre habile inventeur – a dû donner des ailes aux recherches et désirs d’expérimentation de chacun. En effet, un musicien tel que Biber, qui exploitait les possibilités de l’instrument comme point de départ pour ses compositions, devait être particulièrement sensible à la qualité intrinsèque, à la façon et aux performances sonores d’un instrument. De ce fait, Stainer devait représenter davantage pour lui qu’un fournisseur de violons comme un autre.

Certains des instruments que Biber aura pu prendre dans ses mains à cette époque sont parvenus jusqu’à nous. Ils demeurent des témoins des sonorités et de l’esthétique qui ont pu stimuler l’imagination de compositeurs tels que Schmelzer ou Fux. Stainer fut ainsi l’auteur du tissu sonore dont ils tiraient leurs œuvres. L’instrument n’était pas seulement l’inspirateur matériel de la composition, mais également du caractère spécifique et reconnaissable de la pièce ; il offrait un potentiel sonore et des possibilités techniques dont la somme déterminait l’univers expressif.

Dans son recueil de sonates intitulé Harmonia Artificiosa-Ariosa diversimode accordata, Biber indique dans le sous-titre qu’il a recours à la scordatura. L’objectif esthétique de cette pratique apparaît déjà dans le titre de l’œuvre : le terme d’« artificiosus » dérivé du latin « artificium » (artisanat, art) signifie « habile, avec maîtrise » au sens d’exigences techniques extrêmement élevées. Dans ces pièces, Biber encourage les violonistes, dont les voix sont d’ailleurs équivalentes, à se défouler en jouant. Les gammes, les arpèges, les motifs et les ornementations caractérisent l’harmonie. Tels des feux d’artifices, les grappes sonores fusent pour envahir l’espace, se jouant de toute contrainte contrapunctique, mélodique ou formelle pour prendre une identité propre, symbole d’éclat, d’abondance et de démesure. Dans l’usage qu’en fait le compositeur, les effets « artificioso » des instruments et ceux « arioso » de la voix n’obéissent pas à des principes de composition antagonistes, mais dialoguent.

Or, le laboratoire où intervient l’expérimentation musicale n’est pas la feuille blanche du compositeur, mais l’espace acoustique dont l’instrument prend possession, voire l’instrument lui-même. Alors que Biber, dans son Harmonia, recourt à la suite ou à la partita, qui a déjà changé de fonction à cette époque, lui-même et ses collègues Johann Heinrich Schmelzer et Johann Fux recourent à d’autres méthodes pour arracher à l’instrument des effets inattendus : ce sont eux qui constituent le « piment », ce petit quelque chose qui distingue ces œuvres des pièces conventionnelles de leur époque. L’instrument doit donc se faire le narrateur de récits tirés du quotidien ou de la nature.

Le compositeur ne vise pas la beauté du son, mais un univers musical qui soit expressif, narratif, dramatique, ou d’une grande plasticité, au sens le plus large du terme. La musique n’a pas attendu la modernité pour se débarrasser de son corset. On trouve dans ces pièces de la fin du 17èmesiècle une folle envie de liberté qui, moyennant imagination et humour, permet à la musique d’envahir des espaces inexplorés.

Les Passions de l’Âme
Depuis 2008, l’orchestre baroque bernois Les Passions de l’Ame propose des plaisirs auditifs d’un genre nouveau. Des interprétations d’une grande vitalité sur des instruments historiques constituent le label de cet ensemble. Basé à Berne et placé sous la direction artistique de la violoniste Meret Lüthi, il « amène un vent frais dans la vie musicale classique un peu ankylosée » (Berner Zeitung).

L’orchestre Les Passions de l’Ame court de succès en succès. Il reçoit de nombreux éloges notamment aux Schwetzinger Festspiele (2018), au Festival Bach de Schaffhouse (2018), avec les Marienvesper mises en scène en collaboration avec le Luzerner Theater (2017), au London Festival of Baroque Music (2017), aux Tage Alter Musik Regensburg (2016), au Lucerne Festival (2015), au London Händel Festival (2015), au Festival Oude Muziek Utrecht (2014), à Riga pendant les fêtes de la Capitale européenne de la culture (2014), au Concertgebouw Bruges (2015 et 2013) ou encore lors de concerts avec Kristian Bezuidenhout, Simone Kermes, Nuria Rial, Carolyn Sampson, Dorothee Oberlinger et Hans-Christoph Rademann.

Les artistes qui gravitent autour de l’ensemble sont spécialisés dans la musique ancienne. Ils jouent dans le monde entier en tant que solistes, chambristes ou prennent part aux projets des ensembles comme le Freiburger Barockorchester ou le Belgian Baroque Orchestra Ghent B’Rock. On les retrouve aussi dans le corps enseignant d’institutions telles que le conservatoire d’Anvers ou à la Haute école des arts de Berne.

L’orchestre propose à Berne une série de concerts qui se distinguent par leur programmation pétillante, placée sous le titre général de Musique ancienne ? – Un nouveau regard !, et les programmes aux titres hauts en couleurs tels que Passion Attacks, Les sept péchés capitaux ou Delirio Amoroso font que cet « ensemble baroque d’exception » (Schaffhauser Nachrichten 2012) éveille le goût pour un répertoire plutôt méconnu des 17ème et 18ème siècles.

Quant au nom de l’orchestre, il évoque un traité de René Descartes de 1649. Le philosophe y évoque la passion qui régit les interactions entre le corps et l’esprit. C’est précisément ce rôle médiateur de la musique qui est au centre des concerts de l’ensemble baroque bernois et dont les concerts suscitent les « passions ».

Les programmes radiophoniques européens (SRF 2 Kultur, Espace 2, Deutschland Radio Kultur, BBC, BR, WDR, SWR, Latvijas Radio, concertzender.nl) transmettent régulièrement les concerts des Passions de l’Ame. Les trois enregistrements CD, Spicy (2013, récompensé par un Diapason d’or), Bewitched (2014, distingué par le Supersonic Award) et Schabernack  (2017, lui aussi récompensé par un Diapason d’Or), sont tous sortis sous le label Sony Music Switzerland (dhm).

Meret Lüthi, directrice artistique et premier violon
Meret Lüthi est originaire de Berne. En tant que violon solo, elle est cofondatrice en 2008 de l’orchestre de musique ancienne Les Passions de l’Ame. Elle a collaboré dans le même rôle avec l’ensemble belge B’Rock et a joué en tant qu’invitée avec le Freiburger Barockorchester.

Meret Lüthi a enseigné au conservatoire de musique d’Anvers. Elle participe à de nombreux opéras, tournées et concerts et compte à son actif plusieurs enregistrements CD pour la radio et la télévision avec René Jacobs, Ivor Bolton, Adam Fischer et Gary Cooper. Meret Lüthi se consacre aussi intensivement à la musique de chambre ainsi qu’au récital en tant que soliste. Elle apparaît au festival Young Artists in Concert de Davos et au Festival de Lucerne en 2010.

Elle a terminé ses études de violon à la Haute école des arts de Berne auprès de Monika Urbaniak-Lisik et d’Eva Zurbrügg et y a obtenu ses diplômes d’enseignement et de concert avec distinction. Membre du Quatuor Amaryllis, elle a étudié avec Walter Levin, puis s’est perfectionnée chez Anton Steck, à Trossingen, pour le jeu du violon baroque. Elle a participé à de nombreuses master classes auprès d’Igor Ozim, Christian Altenburger, Thomas Brandis, Ingolf Turban et Gerhard Schulz. Meret Lüthi a obtenu les bourses de la fondation Kiefer Halblitzel et du Kiwanis Club Bern. En 2007, elle est lauréate du Deutscher Hochschulwettbewerb pour la musique ancienne.

Comme spécialiste de la musique ancienne, elle est régulièrement sollicitée pour coacher des orchestres et participe en tant qu’expert-invité à des émissions sur les ondes de la radio suisse SRF 2 Kultur. Meret Lüthi enseigne le violon baroque et l’interprétation de la musique ancienne à la Haute école des arts de Berne.

En 2017, afin d’honorer son activité et sa riche présence musicale, elle reçoit le prix de la musique du canton de Berne.