Œuvres de Nivers, Couperin et Clérambault
Leçons de Ténèbres (concert aux bougies)

Concert du dimanche 6 novembre 2022  

Programme complet du concert ICI

Leçons de Ténèbres

A l’époque baroque, pendant le Carême, salles de concert et théâtres étaient fermés en signe de pénitence. Les compositeurs s’exprimaient alors exclusivement par le biais de la musique liturgique, livrant des œuvres d’une grande sobriété et d’une extraordinaire puissance expressive. Les Leçons de Ténèbres sont des partitions composées pour les offices des trois derniers jours de la Semaine Sainte, qui concluent le Carême avant la fête de Pâques.

Les textes utilisés, tirés des Lamentations de Jérémie, se rapportent symboliquement à la solitude de Jésus avant sa crucifixion. Les musiques bouleversantes composées par Couperin pour ces liturgies particulières suivent le rituel de l’office qui se tenait à la nuit tombée. Au terme de chaque pièce, un des cierges qui éclairaient l’église était éteint, figurant ainsi l’abandon progressif du Christ par ses disciples. Une fois l’église plongée dans l’obscurité totale, retentissait le terrible Miserere implorant le pardon divin.

Spécialiste de ce répertoire singulier, Le Poème Harmonique, qui a déjà reconstitué ce cérémonial spectaculaire pour des musiques de Charpentier, Lalande et Cavalieri, le propose avec celles de Nivers, Couperin et Clérambault, dans un concert à l’atmosphère unique et prégnante.

(…) Comme personne n’a gueres plus composé que moy dans plusieurs genres,
 J’espère que ma Famille trouvera dans mes Portefeuilles de quoy me faire regretter,
si les regrets nous servent a quelque chose après la Vie ; mais il faut du moins
avoir cette idée pour tacher de meriter une immortalité chimérique
ou presque tous les Hommes aspirent.

François Couperin, Quatrième Livre, 1730

Le Poème Harmonique

Depuis 1998, Le Poème Harmonique fédère autour de son fondateur Vincent Dumestre des musiciens passionnés dévoués à l’interprétation des musiques des XVIIe et XVIIIe siècles. Rayonnant sur la scène française comme internationale, l’ensemble témoigne, par ses programmes inventifs et exigeants, d’une démarche éclairée au cœur de répertoires variés et d’un travail approfondi sur les textures vocales et instrumentales. Son champ d’action ? Les pages connues ou méconnues rythmant vie quotidienne et cérémonies à Versailles (Lalande, Lully, Couperin, Clérambault, Charpentier…), l’Italie baroque de Monteverdi à Pergolèse, ou encore l’Angleterre de Purcell et Clarke.

Campé sur la frontière ténue entre musique savante et sources populaires, en formation de chambre ou en grand effectif, Le Poème Harmonique explore aussi bien la danse que l’air de cour, le carnaval vénitien que les Leçons de Ténèbres, la romance traditionnelle que le grand motet.

Pour l’opéra, il imagine de vastes fresques où la musique rencontre diverses disciplines artistiques – marionnettes, cirque, danse, etc. –, retrouvant à la fois l’esprit de troupe et la synthèse des arts propres à l’esthétique baroque. Tandis que sa collaboration fidèle avec le metteur Benjamin Lazar, scellée autour de Lully, donne naissance à plusieurs spectacles unanimement salués (Le Bourgeois gentilhomme, Cadmus et Hermione, Egisto et le tout récent Phaéton, donné à Perm et à Versailles avec musicAeterna), il s’adjoint également la collaboration de metteurs en scène tels qu’Omar Porras, Mimmo Cuttichio, Cécile Roussat et Julien Lubek, Vincent Huguet…

Familier des plus grands festivals et salles du monde – Philharmonie de Paris,  Opéra-Comique, Théâtre des Champs-Élysées, Opéra royal de Versailles, Festivals d’Ambronay, de Beaune, et de Sablé, Wigmore Hall (Londres), Forbidden City Hall de Pékin, Wiener Konzerthaus, Concertgebouw d’Amsterdam, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, Oji Hall (Tokyo), Université Columbia (New York), Teatro San Carlo de Naples, Accademia Santa Cecilia de Rome, Philharmonie de Saint-Pétersbourg, ou encore les BBC Proms –, Le Poème Harmonique est également très engagé dans sa région d’adoption, berceau de ses nombreuses créations. L’ensemble a développé en Normandie une relation privilégiée avec son public, durant la saison musicale de la Chapelle Corneille et le Concours International Corneille que l’École Harmonique, ainsi que par le biais du programme d’orchestre à l’école lancé en 2014 auprès des établissements scolaires.

Le Poème Harmonique a célébré ses vingt ans en 2019 en offrant, autour de son millième concert, un bouquet de créations : Hail! Bright Cecilia de Purcell (Konzerthaus de Vienne), Élévations, conçu avec le circassien Mathurin Bolze et sa compagnie MPTA autour de musiques de Cavalieri (Cirque-Théâtre d’Elbeuf, Théâtre de Caen), la zarzuela Coronis de Sebastián Durón mise en scène par Omar Porras (Théâtre de Caen), le Nisi Dominus de Vivaldi avec la mezzo-soprano Eva Zaïcik, qui participera également à la recréation du programme Le Musiche di Castaldi, tout premier disque de l’ensemble.

Les parutions récentes du DVD Phaéton et des albums Anamorfosi et Airs de cour sont venues enrichir une vaste discographie d’une trentaine d’enregistrements constituée sous le label Alpha Classics. Parmi les titres évocateurs du chemin parcouru depuis deux décennies se distinguent notamment plusieurs grands succès publics comme Aux marches du palais, consacré aux chansons traditionnelles françaises, ou Nova Metamorfosi, ainsi que les interprétations d’œuvres majeures du répertoire baroque (Combattimento de Monteverdi, Leçons de Ténèbres de Couperin), qui font également référence. Mentionnons également l’album, Majesté (Grands Motets et Te Deum de Lalande) et le DVD de l’opéra pour marionnettes Caligula de Pagliardi, unaniment salués par la critique.

 

Vincent Dumestre, direction artistique

Son goût prononcé pour les arts, son sens créatif de l’esthétique baroque, sa flamme d’explorateur et son goût de l’aventure collective l’incitent naturellement à défricher les répertoires des XVIIe et XVIIIe siècles et à créer un ensemble sur mesure. Avec son Poème Harmonique, Vincent Dumestre est aujourd’hui l’un des artisans les plus inventifs et polyvalents du renouveau baroque, embrassant direction d’orchestre, de chœur, de saison musicale, de concours et de festivals, sans rien lâcher de la pratique de ses instruments premiers, à cordes pincées.

Vincent Dumestre, né en mai 1968, fait ses premières armes en concert et au disque avec les pionniers qui œuvrèrent à découvrir, comprendre et ranimer ces musiques d’un autre temps. Sorti de l’École du Louvre (histoire de l’art) et de l’École normale de musique de Paris (guitare classique), il se forme au luth, à la guitare baroque et au théorbe avec Hopkinson Smith, Eugène Ferré et Rolf Lislevand. Il intègre un temps le Ricercar Consort, La Grande Écurie & La Chambre du Roy, Hespèrion XX ou La Simphonie du Marais avant de créer Le Poème Harmonique en 1998. Depuis, d’exhumations en reconstitutions, de compositeurs connus en programmes inattendus, il n’a de cesse de proposer de véritables créations, ouvrant les horizons de tout un pan de musique vocale et instrumentale, et lui offrant une large visibilité qui fait référence.

Sur la scène d’opéra, le ton est celui d’une esthétique sonore et visuelle singulière, qui naît de la confrontation de son regard, dans des spectacles de grande envergure, avec celui d’artistes issus de différentes disciplines artistiques : marionnettistes (Mimmo Cuticchio pour Caligula), metteurs en scène (Benjamin Lazar pour Egisto, Le Bourgeois gentilhomme – un immense succès public tant en tournée qu’en DVD –, Cadmus et Hermione, Phaéton, donné récemment à Perm et à Versailles), chorégraphes (Julien Lubeck et Cécile Roussat pour Le Carnaval baroque et Didon et Énée), circassiens (Mathurin Bolze pour Élévations)… Vincent Dumestre est tout aussi inspiré pour éclairer le répertoire sacré (Cavalieri, Lalande, Couperin, Clérambault…) ou la musique de chambre (Briceno, Belli, Tessier…), pour laquelle il troque sa baguette contre le luth, le théorbe ou la guitare.

S’il est sollicité dans tous les hauts lieux internationaux de la musique baroque – avec Le Poème Harmonique, auquel il associe, selon les projets, les chœurs Aedes, Accentus et Les Cris de Paris, les ensembles musicAeterna, Musica Florea, Arte Suonatori, l’Orchestre régional de Normandie, Capella Cracoviensis et Orkiestra Historyczna –, Vincent Dumestre développe aussi une partie de son activité en Normandie (programmation des Saisons baroques de la chapelle Corneille, direction du Concours International de Musique Baroque de Normandie), région d’ancrage de son ensemble. Depuis trois ans, il assure également la direction artistique du Festival de musique baroque du Jura, et se voit confier la saison 2017 du festival Misteria Paschalia à Cracovie.

Une trentaine d’enregistrements, disques et DVD, édités sous le label Alpha Classics dont il est l’artiste de la première heure, témoignent de son compagnonnage fécond avec Le Poème Harmonique dans les domaines de la musique savante comme populaire (Aux marches du palais, Plaisir d’amour), française (Lully, Clérambault, Charpentier, Lalande, Couperin, Boesset), italienne (Monteverdi, Pergolèse, Caccini), espagnole (Briceño) ou anglaise (Purcell, Clarke, Dowland), profane comme sacrée.

Vincent Dumestre est chevalier de l’Ordre national des Arts et des Lettres et de l’Ordre national du Mérite.