Heinrich Ignaz Franz Biber2019-12-06T15:40:07+00:00

Heinrich Ignaz Franz Biber

Les Sonates du Rosaire

10 mai 2020

Les Sonates du Rosaire

Heinrich Biber naît en Bohème en 1644, à Wartenberg au Nord de Prague. Il reçoit sa formation musicale du compositeur et maître de chapelle autrichien Johann Heinrich Schmelzer, et occupe des postes à Olmütz et Kremsier en Moravie, avant d’être nommé lui-même maître de chapelle, auprès du prince-évêque de Salzbourg, en 1684. Violoniste virtuose reconnu, il est anobli par l’empereur Léopold 1er et peut donc s’appeler « Biber von Bibern ».

Les Sonates du Rosaire (Rosenkranzsonaten), également connues sous le titre de Sonates du Mystère, constituent un cycle de quinze sonates pour violon avec basse continue et une passacaille pour violon seul, œuvre majeure du compositeur Heinrich Ignaz Franz Biber composée vers 1678.

Les Sonates du rosaire, couronnées de la passacaille, sont un chef-d’œuvre de l’art du violon non seulement dans sa production mais aussi dans toute la production pour violon de son époque et sans doute de la musique baroque dans son ensemble. C’est aujourd’hui l’œuvre la plus célèbre et la plus fascinante de son auteur, considérée comme une œuvre exceptionnelle et l’un des monuments de la littérature violonistique de son temps.

Conçue hors de tout cadre liturgique, l’œuvre s’inspire néanmoins d’un programme religieux : elle est destinée à favoriser la prière et la méditation autour d’épisodes caractéristiques de la vie des deux personnages principaux du rosaire : Marie et Jésus. De caractère intimiste, sans effet de virtuosité, elle s’inscrit dans le cadre de la musique représentative et est imprégnée d’un sentiment profond et mystique : le cycle ouvre à l’auditeur actuel les portes d’un monde empreint d’élégance, de brillance, de délicatesse sonore et de profondeur expressive, mieux qu’aucun autre cycle de sonates du XVIIe siècle. L’art de Biber, « d’une maîtrise souveraine », « fruit d’une adéquation parfaite entre la technique instrumentale et l’invention créatrice », annonce les architectures sonores que « seules les sonates pour violon de Bach surpasseront » par l’ampleur du lyrisme soliste, la richesse du contrepoint et le coloris des timbres de la partition. Tous ces éléments font des Sonates du Rosaire un véritable joyau du baroque autrichien.

Alors qu’elles furent publiées au début du XXe siècle, il fallut attendre soixante ans pour disposer d’un enregistrement intégral sur disque. Exigeante pour l’instrumentiste confronté à un accord inhabituel de son instrument (la scordatura), l’œuvre se développe sur une durée variant d’une heure quarante à deux heures vingt, pour les interprétations les plus lentes. La dernière pièce, une passacaille pour violon seul, est aujourd’hui au répertoire de nombreux violonistes.

La scordatura, technique de jeu « désaccordé » dans laquelle on diminue ou augmente la tension d’une ou plusieurs cordes, permet de créer l’illusion d’un instrument utilisant des accords différents. Cette manière de faire produit des effets sonores insolites, recherchés pour donner un caractère particulier à une œuvre. Aucun autre violoniste avant Biber n’avait autant utilisé le jeu sur deux ou trois cordes simultanément. Ainsi, il parvenait à jouer en septième position sans effort, une technique qu’Arcangelo Corelli considérait encore à cette époque comme impossible. Les Sonates du Rosaire, dans lesquelles on trouve quinze façons différentes d’accorder le violon, constituent un bel exemple de cette technique.